Ce n’est qu’en mettant en œuvre des idées et des projets que l’on obtient des résultats. Mais trop souvent, les cadres échouent dans cette tâche. Des études menées en 2006 par Heike Bruch et Sumantra Ghoshal ont montré que seuls 10% environ des cadres dis-posent de compétences suffisantes en matière de mise en œuvre. Le manque d’énergie et de concentration sont des facteurs essentiels qui expliquent pourquoi la plupart des mises en œuvre échouent régulièrement.
Pour Waldemar Pelz (2010), la capacité de mise en œuvre est étroitement liée à la volonté – appelée volition – et se compose de cinq dimensions pouvant chacune être améliorées et entraînées individuellement. D’après différentes études, se concentrer sur l’essentiel, une autodiscipline constante et le développement d’automatismes ou de routines sont des facteurs décisifs pour améliorer la mise en œuvre et donc augmenter ses propres compétences en la matière.
Helmut Kohl, l’ancien chancelier allemand, connaissait lui aussi le secret de la réussite et le décrivait ainsi: «Seul le résultat final compte!» Mais trop sou-vent, certains projets prometteurs ne donnent pas les résultats escomptés. Il existe de nombreuses bonnes idées qui ne sont jamais mises en œuvre. Pourquoi autant d’approches stratégiques des entreprises échouent-elles?
Pourquoi les attentes ne sont-elles pas satisfaites? La planification est généralement minutieuse... mais le succès n’est pas au rendez-vous!
Motivation vs Volonté
De nombreuses études soulignent l’importance de la motivation en matière de performance des entreprises. Même les personnes très motivées peuvent échouer dans la réalisation de leurs souhaits et de leurs objectifs. La motivation est fonction de la question sui-vante: «Que veux-je atteindre?». Pour vouloir quelque chose, nous devons être motivés. En termes simples, on pourrait dire que la motivation est un détonateur nécessaire. Pour beaucoup de gens, ce n’est pas un problème: nous sommes quelquefois même trop motivés lorsqu’il s’agit d’atteindre nos nombreux objectifs. Une enquête menée par Wunderer/Bruch montre que la mise en œuvre est le principal problème. La pratique managériale consi-dère la capacité de mise en œuvre comme un facteur de succès central et critique, tout en constatant qu’il s’agit de la compétence entrepreneuriale clé la moins développée chez les employés.
La mise en œuvre est le grand sujet laissé en suspens dans le monde économique moderne. Son absence est le principal obstacle à la réussite et la cause de la plupart des déceptions, qui sont attribuées à tort à d’autres causes.
Pourquoi les cadres échouent-ils souvent dans la mise en œuvre de leurs projets personnels? Comment renforcer la capacité de mise en œuvre personnelle ou la volonté qui s’y rattache? La capacité de mise en œuvre des cadres est perfectible. Une étude comporte-mentale menée sur plusieurs années par Bruch/Goshal a montré que l’action ciblée se caractérise par deux facteurs, la concentration et l’énergie, et qu’elle nécessite en outre de la volonté.
Énergie et concentration
Les résultats de l’étude permettent de classer les managers en quatre groupes de comportements différents. Leur action repose sur une combinaison de deux caractéristiques fondamentales: une énergie élevée et une grande concentration. Il apparaît que seuls 10% environ des managers font preuve d’une énergie et d’une concentration élevées et agissent donc de manière ciblée. Une enquête menée en 2013 par Paul Leinwand et ses collègues auprès d’environ 700 dirigeants d’entreprises de différents secteurs et branches a porté sur l’efficacité de la mise en œuvre des stratégies d’une part et sur l’élaboration des stratégies d’autre part. Les résultats sont décevants. Seuls 16% des cadres supérieurs ont été jugés «très efficaces» dans une discipline et seulement 8% «très efficaces» dans les deux disciplines.
Mais alors, comment mesurer la com-pétence personnelle en matière de mise en œuvre? Du point de vue de la théorie du management, la compétence en matière de mise en œuvre est un développement du concept de formation et d’exécution de la volonté selon Edmund Heinen (1984).
Waldemar Pelz utilise des questionnaires pour mesurer la volonté ou la volition, qui, selon lui, se compose de cinq compétences partielles. L’évaluation des questionnaires sur la base de ces dimensions ou compétences partielles constitue donc un bon indicateur de la capacité de mise en œuvre au niveau personnel. Au niveau de l’entreprise, selon Wunderer et Bruch, une approche multidimensionnelle est nécessaire, tenant compte par exemple des influences des conditions structurelles et organisationnelles. Les critères de la volonté sont les suivants:
- Conträle de l’attention et concentration
- Gestion des émotions et de l’humeur
- Confiance en soi et capacité à s’imposer
- Planification prospective et résolution créative des problèmes
- Autodiscipline axée sur les objectifs
Amélioration de la capacité de mise en œuvre
Pourquoi échouons-nous si souvent dans la mise en œuvre de nos projets personnels? La volonté est la force motrice qui permet de concrétiser une intention ou une idée. Chez nos ancêtres, il s’agissait d’abord d’une volonté de survivre. Ils ont d’ailleurs consa-cré beaucoup d’énergie à cela tout en évitant les efforts et les risques inutiles. L’effort coûte de la force et de l’énergie, et le risque est synonyme d’incertitude et de danger.
La programmation biologique évolutive qui consiste à éviter les efforts et les risques a donc contribué de manière significative à la survie de l’espèce humaine. Cette programmation est profondément ancrée dans notre cerveau et dans nos gènes et joue encore un räle essentiel au XXIe siècle. Ce principe d’économie s’applique à tout ce que nous faisons ou ne faisons pas. Lorsque nous avons le choix entre quelque chose qui ne nous coûte pratiquement aucune énergie, comme regarder la télévision, et quelque chose qui nous demande beaucoup d’énergie, comme réviser pour un examen, notre programme biologique évolutif fonctionne à plein régime. Nous devons alors décider volontairement de faire un effort. Nous atteignons nos objectifs lorsque nous privilégions l’action ou l’effort à l’inaction ou au répit: nous devons nous dépasser, et donc faire preuve de volonté.
La motivation personnelle et la volonté sont souvent assimilées. C’est compréhensible, car les personnes très motivées parviennent souvent à prendre des décisions qui trahissent leur force de volonté. Il existe néanmoins une différence entre la motivation et la force de volonté. Être motivé signifie en premier lieu «seulement» avoir un motif, une raison qui nous pousse à agir. Il est évident que plus la raison ou l’objectif est attrayant, plus l’énergie libérée est importante et plus la probabilité de se mettre en mouvement est élevée.
Motivation et volonté
Etre motivé ne signifie pas pour autant passer réellement à l'action. Pour cela, on doit prendre une décision consciente, et c’est une décision qui relève de la volonté. La motivation et la volonté ne sont donc pas identiques, mais dans l’idéal, elles fonctionnent à merveille ensemble.
Le terme scientifique pour désigner la volonté ou la capacité à diriger notre attention dans la direction souhaitée et à la maintenir dans cette direction est le conträle cognitif. Le conträle cognitif permet aux individus de ne pas perdre de vue un objectif ou une tâche. Les personnes qui gardent leur calme dans les situations de crise, maîtrisent leur nervosité et se relèvent rapidement après un échec ou un coup du sort disposent d’un bon conträle cognitif.
Des décennies de recherche prouvent l’importance de la volonté dans la réus-site des managers et des cadres. Une étude menée dans les années 70, dans laquelle des scientifiques ont suivi scientifiquement le destin de 1037 enfants pendant plusieurs années, montre le räle de la volonté dans la réussite.
Dans cette étude, les enfants devaient passer régulièrement des examens et des tests qui mettaient leur volonté à l’épreuve. L’un des tests était celui «du marshmallow» du psychologue Walter Mischel.
«Ne pas manger les marshmallows»
Dans ce test, les enfants devaient décider s›ils voulaient manger immédiate-ment une guimauve ou s’ils préféraient attendre un quart d’heure et en recevoir deux à la place. Dans cette expérience, environ un tiers des participants se sont immédiatement jetés sur la guimauve. Un tiers a tenu un peu plus longtemps et un tiers est parvenu à attendre les 15 minutes. Quelques années plus tard, les scientifiques ont observé un phénomène intéressant.
Les enfants qui avaient fait preuve de la plus grande persévérance et qui avaient résisté le plus longtemps à l’«appel du marshmallow» étaient en bien meilleure santé, avaient obtenu un plus grand succès sur le plan financier et étaient également plus respectueux des lois que ceux qui n’avaient pas réussi à se conträler pendant l’expérience. Une analyse statistique a même montré que le degré de maîtrise de soi d’un enfant était un meilleur indicateur de ses performances financières futures que son quotient intellectuel, son statut social ou sa situation familiale.
Notre motivation, c’est-à-dire notre volonté de poursuivre des objectifs, est fondamentalement beaucoup plus forte que notre volonté de réaliser nos idées. Cela signifie donc que nos objectifs, nos idées et nos bonnes résolutions se disputent des ressources limitées. Nous devons donc réfléchir et décider à quels projets nous voulons consacrer ces ressources (la volonté).
Si nous essayons de répartir notre volonté de manière disparate, c’est-à-dire de manière non coordonnée entre trop d’objectifs, l’énergie disponible pour chaque projet sera trop faible. Nous ne passerons alors pas à l’action et n’atteindrons aucun objectif, même si nous étions extrêmement motivés. Les tâches auxquelles nous consacrons notre volonté peuvent être grossièrement divisées en quatre catégories: le contrôle de nos pensées, le contrôle de nos émotions, le contrôle de nos impulsions et le contrôle de nos performances.
Améliorer la capacité de mise en œuvre
Parmi les besoins concurrents, ceux qui sont les plus importants sur le plan émo-tionnel pour l’individu s’imposent, pour quelque raison que ce soit. Ce qui est subjectivement important prend le dessus. La manière dont on se concentre est la clé de la volonté. Lorsque la maîtrise de soi et la pulsion vers le plaisir se livrent bataille in petto, trois types de contrôle cognitif entrent en jeu: la capacité à détourner volontairement son attention de l’objet du désir; la capacité à ne pas se laisser distraire afin que cet objet ne l’attise pas à nouveau; et la capacité à se concentrer sur l’objectif final et à imaginer à quel point on se sentira bien une fois cet objectif atteint.
La force de volonté est souvent considérée comme une valeur morale, une chose à laquelle il faut aspirer. Ceux qui ne font pas suffisamment preuve de volonté se font donc souvent des reproches et se considèrent qu’ils ont échoué. En réalité, la volonté a plus à voir avec les connaissances et les capacités qu’avec le caractère et la morale. Les connaissances et les capacités peuvent être entraînées, la force de volonté aussi.